Une page importante de l’histoire culturelle guinéenne s’est écrite vendredi soir au Palais du Peuple de Conakry, où Hadja Rougui Baldé, fondatrice de Gris-Gris Productions, a reçu un hommage officiel en reconnaissance de son rôle majeur dans l’émergence et la structuration de l’industrie musicale nationale.
À l’initiative du ministère de la Culture et de l’Artisanat, cette cérémonie solennelle a mis en lumière un parcours bâti sur la conviction, l’audace et un engagement constant au service des artistes, à une époque où la production musicale privée en Guinée relevait encore du pari et de la passion plus que de l’évidence économique.
Dans une salle empreinte de respect et d’émotion, de nombreuses personnalités du monde culturel, institutionnel et politique ont répondu présentes, parmi lesquelles Justin Morel Junior et Fodéba Isto Keira, témoignant de l’empreinte durable laissée par la productrice sur plusieurs générations d’acteurs culturels.
Moment central de la soirée, la remise des distinctions a vu Hadja Rougui Baldé recevoir, des mains du ministre Moussa Moïse Sylla, un satisfecit honorifique, accompagné d’un chèque de 30 000 dollars américains ainsi que d’une prise en charge sanitaire à vie, symboles de la reconnaissance de l’État guinéen envers son œuvre.

Avant cet instant protocolaire, la scène a été investie par plusieurs artistes et formations dont les trajectoires ont été profondément marquées par l’accompagnement de Gris-Gris Productions. Les Ballets Africains de Guinée, Djelikè Kouramadi, Ibro Diabaté et Lamah Sidibé ont ainsi offert des prestations chargées de mémoire et de gratitude, rappelant l’influence déterminante de la productrice dans la construction de leurs carrières.

Submergée par l’émotion, Hadja Rougui Baldé a pris la parole avec sobriété, exprimant sa reconnaissance envers les autorités et sa foi, soulignant la portée symbolique de cette distinction reçue de son vivant.

Dans son intervention, le ministre de la Culture et de l’Artisanat a insisté sur la dimension sacrificielle du parcours de la récipiendaire, évoquant une femme qui, bien avant les cadres institutionnels actuels, a investi ses propres ressources pour faire émerger des artistes aujourd’hui considérés comme des références de la musique guinéenne. Il a également souligné que cette reconnaissance s’inscrivait dans une vision portée par le Président de la République, visant à réhabiliter la mémoire des bâtisseurs culturels du pays.
Prenant à son tour la parole, Justin Morel Junior a rappelé le rôle structurant de Gris-Gris Productions dans l’histoire du show-business guinéen, citant les nombreux artistes produits et accompagnés par Hadja Rougui Baldé, tout en saluant une reconnaissance jugée tardive mais nécessaire.
Même tonalité chez Fodéba Isto Keira, qui a évoqué la générosité et l’engagement discret de la productrice, appelant à inscrire ce type d’initiative dans la durée afin de valoriser, de leur vivant, celles et ceux qui ont contribué à forger l’identité culturelle nationale.
À travers cet hommage, le ministère de la Culture et de l’Artisanat pose un acte fort : celui de replacer la reconnaissance au cœur de la politique culturelle, en célébrant une femme dont l’action, longtemps menée dans l’ombre, demeure aujourd’hui indissociable du patrimoine musical guinéen.











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