Dans une salle du Centre Culturel Franco-Guinéen (CCFG), à Conakry, de jeunes producteurs venus de plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest affinent leurs projets, échangent avec des experts et réfléchissent à la manière de porter leurs récits au-delà des frontières. C’est ici que se déploie le programme BMM Incubator, une initiative qui ambitionne de structurer en profondeur l’industrie audiovisuelle régionale.
Vendredi, le ministre guinéen de la Culture, du Tourisme et de l’Artisanat, Moussa Moïse Sylla, est venu observer de près ce dispositif, soutenu par Ambassade de France en Guinée dans le cadre du Fonds Équipe France Cinéma. Sa visite, au-delà du symbole, traduit une volonté politique de replacer la Guinée dans le paysage cinématographique africain.

Lancé pour une durée de dix mois, le programme réunit six producteurs originaires de Guinée, du Sénégal, de Mauritanie et du Cap-Vert. Tous ont été retenus pour le potentiel de leurs projets, avec un objectif commun : accéder aux circuits internationaux de production et de diffusion. Pour y parvenir, ils suivent un parcours mêlant formation à distance, ateliers intensifs, accompagnement personnalisé et préparation aux marchés du cinéma.
À Conakry, le dispositif s’appuie sur le Fonds de Développement des Arts et de la Culture pour l’encadrement, tandis que le CCFG assure l’accueil logistique. Ce modèle hybride, entre formation et incubation, reflète une tendance croissante sur le continent : professionnaliser les acteurs du secteur pour mieux capter les opportunités d’un marché en expansion.
Face aux participants, le ministre a insisté sur la nécessité de raconter des histoires enracinées dans les réalités africaines. Il a encouragé les jeunes producteurs à mobiliser leurs héritages culturels comme matière première, tout en visant des standards capables de séduire les publics internationaux.
Mais au-delà du discours, l’enjeu est économique. Le développement d’une industrie audiovisuelle structurée implique des financements, des réseaux de coproduction et des politiques publiques cohérentes. Sur ce point, Moussa Moïse Sylla a plaidé pour un renforcement des collaborations régionales, perçues comme un levier essentiel pour faire émerger des projets d’envergure.
Encadrés par des professionnels du secteur, dont Yanis Gaye, Alexiane Jarin et Djibril Majigeen Dia, les participants incarnent une génération en quête de reconnaissance, mais aussi de moyens. Leurs noms, Kalista Sy, Pedro Soulé, Moustapha Amdy, Med Leminme Rajel, Mada Ndiaye ou encore Gahité Fofana, témoignent de la diversité d’un écosystème encore en construction.

Pour les autorités guinéennes, l’enjeu dépasse la seule formation. Il s’agit, à travers ce type d’initiative, de faire du cinéma un instrument de souveraineté culturelle et un moteur de développement. Une ambition qui s’inscrit dans la stratégie nationale à long terme, notamment le programme Simandou 2040.
Dans un pays où le cinéma a longtemps souffert d’un manque d’infrastructures et de financement, des initiatives comme le BMM Incubator pourraient bien marquer un tournant discret, mais décisif.












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