Figure emblématique du rap guinéen, Azeiko, fondateur du mythique groupe Kill Point, a animé l’un des moments forts du panel consacré à l’histoire et aux enjeux du hip-hop guinéen, organisé lors de la deuxième journée du FORCA à la BIEGUIP. Aux côtés d’invités de marque, parmi lesquels le rappeur sénégalais Didier Awadi, il a livré un témoignage lucide sur les difficultés traversées par la première génération d’artistes urbains et expliqué pourquoi il a choisi de s’orienter vers l’entrepreneuriat.
Dans une salle attentive, Azeiko a d’abord rappelé le climat de stigmatisation auquel étaient confrontés les jeunes musiciens à la fin des années 1990.
« Avant que ce mouvement s’impose, on nous traitait de délinquants. J’avais des dreads sur la tête… À l’époque, faire de la musique n’était pas facile. J’ai du me battre pour le respect », a-t-il confié, résumant la double contrainte esthétique et sociale qui pesait sur les pionniers du genre.
Sorti le 16 novembre 1996, l’album "Foré Boma" de Kill Point a constitué un électrochoc pour le paysage musical guinéen. Classiques tels que « Foré Boma », « Doumboumba », « Redemption », « La Guinée » ou encore « Wonamawa » ont rapidement imposé le groupe dans l’espace public. Mais derrière la notoriété populaire, Azeiko décrit une réalité financière et administrative précaire : droits d’auteur peu ou mal distribués, coûts de production prohibitifs, et une absence de dispositifs de soutien.
Il raconte ainsi un épisode édifiant pour la sortie de son premier album solo, qui illustre les dysfonctionnements de l’époque :
« On me disait : ‘Tu dois payer les droits avant de sortir ta cassette.’ Je répondais : ‘Je n’ai jamais reçu mes droits, pourquoi je dois payer ?’ »
Et de préciser que, malgré le succès de Foré Boma, la BGDA ne lui avait versé que 450 000 francs guinéens entre 1996 et 2005.
« Après neuf ans, la BGDA m’a donné 450 000 francs guinéens… De 1996 à 2005, malgré tout le succès qu’a eu Foré Boma. »
Ces obstacles répétés ont façonné son choix de carrière. « C’est ce qui m’a poussé vers l’entrepreneuriat... », a expliqué l’artiste, décrivant un virage pragmatique : de l’artiste revendicatif, il est devenu acteur dans la structuration et la défense des intérêts culturels et économiques.
L’intervention d’Azeiko a trouvé un écho particulier dans le panel : elle rappelle que la montée en reconnaissance du rap guinéen n’a pas été linéaire, mais le fruit d’un long combat artistique, social et administratif.
Pour mémoire, Kill Point composé d’Azeiko, Prophet G et Mooz a marqué les premières heures du hip-hop guinéen, y compris par l’initiative de lancer l’une des premières compilations nationales, « Compil Rap Koulè ». Le 16 novembre 1996, il y a 29 ans jour pour jour, sortait FORÉ BOMA, un jalon devenu référence pour toute une génération.













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