L'écrivain, musicien et cinéaste Soumaïla Sunjata Koly
L'écrivain, musicien et cinéaste Soumaïla Sunjata Koly

Musique guinéenne : Soumaïla Koly livre son diagnostic et les conditions d’une véritable exportation internationale (2)

En séjour à Conakry, l’écrivain, musicien et cinéaste franco-guinéen Soumaïla Sunjata Koly, a partagé une analyse profonde sur une question essentielle : « Qu’est-ce qu’il faut à la musique guinéenne pour qu’elle puisse réellement s’exporter à l’international ? ». Interrogé sur cette problématique au cœur des débats culturels actuels, l’artiste a livré une réponse structurée, mettant en lumière les modèles qui fonctionnent ailleurs et les conditions nécessaires pour un véritable rayonnement de la création guinéenne.

Le rôle déterminant de l’État et des politiques culturelles

Pour Soumaïla Sunjata Koly, l’exportation d’une musique nationale dépend d’abord d’un environnement économique favorable ou d’une véritable stratégie d’État.
Il cite l’exemple de la France, où « l’exception culturelle » repose sur des subventions publiques massives destinées au cinéma, à la musique et à l'ensemble des industries culturelles.

« En France, il y a le subventionnement de la culture. Cela permet chaque année de produire 150 films parce que l’État injecte des financements. Une fois que c’est fait, un réseau de salles attend ces films et les diffuse. »

Cette structuration, souligne-t-il, garantit aux artistes un statut reconnu, des infrastructures adaptées et un environnement où la création peut prospérer durablement.

L’importance du secteur privé et des mécènes

En l’absence d’un soutien étatique fort, Soumaïla Koly rappelle qu’un autre modèle existe : celui de l’investissement massif du secteur privé.

« Dans certains pays comme le Brésil ou dans les économies libérales, ce sont les grandes entreprises qui accompagnent les artistes et financent les projets culturels. »

Il évoque également un troisième modèle, particulièrement présent en Afrique de l’Ouest : le mécénat direct, à l’image de ce qui s’est fait en Côte d’Ivoire ou au Nigéria.

« Vous avez un business angel, quelqu’un qui aime ce que vous faites et qui investit sur vous. C’était le modèle Arafat en Côte d’Ivoire, où des mécènes ont permis un rayonnement exceptionnel. »

Selon lui, cet écosystème peut porter un artiste jusqu’aux scènes internationales à condition d’être organisé et accompagné d’une stratégie solide.

Visibilité numérique, communauté et professionnalisation

Au-delà du financement, Soumaïla Sunjata Koly insiste sur l’importance de construire une fan base solide, alimentée par une forte présence digitale.

« Une fois que le rayonnement atteint un certain niveau, ces gens-là remplissent un stade parce qu’ils ont une visibilité sur le net et une communauté fidèle. »

Pour lui, le numérique reste une opportunité majeure pour les artistes guinéens, à condition que les contenus, la communication et la gestion artistique gagnent en professionnalisme.

Un appel à une vision culturelle nationale

À travers son analyse, Soumaïla Sunjata Koly pointe une vérité essentielle : l’exportation de la musique guinéenne ne peut être le fruit du hasard. Elle requiert :

  • une volonté politique claire,
  • un investissement structuré,
  • un écosystème professionnel,
  • et l’implication conjointe des acteurs publics, privés et du mécénat.

Une réflexion qui tombe à point nommé alors que l’industrie musicale guinéenne connaît un dynamisme nouveau, porté par une jeune génération ambitieuse mais encore confrontée à des défis structurels.

 

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