La musique africaine connaît depuis plusieurs années un essor remarquable sur la scène internationale. Des millions de vues sur les plateformes de streaming, des tournées mondiales et une visibilité croissante dans les médias internationaux témoignent de cet engouement. Invité de l’émission Le Franc-Parler sur Espace TV Europe, Moussa Wagué, fondateur et patron de la plateforme digitale Keyzit, a livré une analyse approfondie des facteurs expliquant ce succès, tout en mettant en lumière les défis majeurs qui freinent encore la reconnaissance durable des artistes africains.
Selon Moussa Wagué, la révolution numérique a joué un rôle déterminant dans l’ouverture des frontières culturelles.
« Le digital a brisé les frontières. Avec le streaming et des plateformes comme YouTube, accessibles partout dans le monde, la musique africaine peut désormais toucher un public international sans intermédiaire », explique-t-il.
Au-delà de la diffusion, il souligne également une nette amélioration de la qualité artistique et visuelle des productions africaines.
« On voit clairement que la qualité des clips a augmenté, la qualité des productions a progressé, et aujourd’hui, on atteint des standards internationaux. Artistiquement, je pense que les artistes africains n’ont rien à prouver au monde entier », affirme-t-il, rappelant l’héritage laissé par des figures emblématiques telles que Salif Keïta ou Oumou Sangaré.
Cependant, pour Moussa Wagué, le véritable obstacle à une reconnaissance internationale durable ne se situe pas au niveau du talent, mais bien dans la professionnalisation du secteur.
« La problématique n’est pas artistique. Ce qui freine aujourd’hui la reconnaissance internationale, c’est la professionnalisation », confie-t-il sans détour.
Il insiste sur le fait que le métier d’artiste doit être appréhendé comme une véritable profession, avec des règles, une organisation et une vision à long terme.
« Être artiste, c’est un métier. Malheureusement, la musique est l’un des rares domaines où l’on peut se déclarer artiste du jour au lendemain, sans aucune qualification, et sans que cela ne pose problème »,précise-t-il.
Pour le patron de Keyzit, cette absence de structuration explique l’écart entre des artistes au talent comparable, mais aux trajectoires très différentes sur la scène mondiale.
« J’insiste beaucoup sur la professionnalisation, parce que c’est la base. C’est ce qui fait la différence entre des artistes à talent équivalent qui vont connaître un succès mondial, et d’autres qui auront du mal à percer à l’international. Le gap, il est là », martèle-t-il.
À travers cette intervention, Moussa Wagué appelle ainsi les artistes africains, mais aussi les acteurs de l’industrie musicale, à renforcer la structuration du secteur, à mieux comprendre les mécanismes de l’économie musicale et à adopter une démarche plus professionnelle afin de transformer l’engouement actuel en succès durable et structuré à l’échelle mondiale.












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