Dans les années 70, la musique africaine a connu un développement harmonieux sous tous les cieux. La Guinée, à travers le Bembeya jazz national et les Amazones, vont donner envie à tous les pays limitrophes comme le Sénégal, la Côte d’Ivoire et le Mali.

 

 

La Révolution de Sékou Touré, pour doper et pour faire consommer l’art et la culture, forçait le public guinéen à consommer sa musique, en interdisant la diffusion publique sur les antennes de la Voix de la Révolution de tout produit étranger, la seule radio d’Etat à l’époque. Et pour faire connaitre la musique guinéenne, la radio nationale fut dotée d’un émetteur puissant qui se faisait entendre à travers toute l’Afrique.

 

Les 28 fédérations que comptait le découpage administratif de l’époque avaient chacune son orchestre, son ballet, son ensemble instrumental. Sans être dans de telles dispositions, le ministère de la Culture de Alpha Condé veut refaire le parcours pour marcher sur les traces de la Révolution, sans avoir la même pointure et dans des espaces totalement insuffisants et inappropriés.

 

Les permanences qui servaient de lieux de répétition n’existent plus et les personnes les hommes de culture n’existent plus. Isto Kéira et Jeannot Wiliams ne peuvent pas déplacer de montagnes pour faire changer le cours de l’Histoire…

 

Malgré l’accaparement de la jeunesse guinéenne par la musique de son pays, il y avait des airs irrésistibles qui arrivaient à capter son attention : la musique kenyane, la musique nigériane avec Fela Kuti, la musique zaïroise avec son vivier intarissable d’artistes.

 

 

On parlait peu de Manu Dibango, il était peu dansant pour les jeunes Guinéens. On dit que le jazz est originaire d’Afrique, mais le jazz, comme il est joué par les Américains et Européens, était peu pratiqué à Conakry. Dans les soirées dansantes des permanences, les animateurs mettaient de la musique cubaine, la musique américaine, zaïroise nigériane et kenyane. On ne mettait même pas Bob Marley!

 

Emmanuel Katty, plus versés dans la musique exotique, cubaine et russe, avait cessé l’émission « Musiques comparées ». C’est Justin Morel Junior qui avait transcendé l’interdit, on ne sait comment, pour trouver une émission dénommée «Musicorama Dimanche», pour mettre Manu Dibango avec un morceau époustouflant de saxo et de guitare basse. On n’a pas le nom du titre en tête.

 

Manu Dibango est entré dans nos intéressements et habitudes avec l’arrivée des chaines internationales en Guinée, surtout quand l’immortel Michael Jackson a piqué un extrait de Makossa pour son morceau « Wanna be startin Something » dans l’album Thriller, en 1982.

 

Pour ne pas avoir des histoires retentissantes pour 60 secondes de plagiat, le droit d’auteur lui avait fait payer 2 ou 3 millions de dollars américains.

 

 

Ce qui fait encore que Manu est resté longtemps inoubliable, c’est grâce d’abord à Giles Obringer de  RFI dans la célébrissime émission Canal tropical, relayé après par Claudy Siar dans l’émission Couleurs Tropicales, on le suivait, quand il parlait de sa voix d’ogre : « ça y est, il a cassé le moteur. Ha ! ha ! ha ! » Comme la fin de Thriller. Silence et fermez la porte ! Cela  reste inoubliable.

 

Certains musicologues disent que c’est Dibango qui a montré le chemin à Fela Aikulapo Kuti, à moins qu’ils aient raison, on croit à l’inverse, puisque Fela a fait danser Conakry bien avant Manu.

 

Que ce géant qui souffle aisément dans son saxo comme dans une petite pipe soit mort de Coronavirus, ça devient un sérieux avertissement pour les « troisièmâgeux ».

 

Maintenant que Manu Dibango s’en est allé, puisqu’il doit s’en aller comme les Demba Camara, Sory Kandia Kouyaté, Papa Camara, Pathé Diallo, comme nos parents…. Nous lui souhaitons, pour notre part, bonne destination, et nous demandons pardon à ceux que cet hommage pince.

 

Source : justinmorel.info

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