Le lauréat du Prix RFI Théâtre de cette édition de l'année 2020 est décerné à un Guinéen, Souleymane Bah "Thianguel". Sans effet surprise, le gagnant de ce prix à l'international a apporté certaines explications sur son texte, la Cargaison, qui l'a valu cet exploit.

 

 

Tout d'abord, Thianguel est revenu sur cette reconnaissance et de sa passion de l'écriture théâtrale.

 

« Cela signifie pour moi la reconnaissance de mon travail en tant qu’auteur. Évidemment, j’ai déjà une longue carrière de metteur en scène, mais j’ai commencé à écrire pour le théâtre très récemment, en 2016. Pour moi, l’écriture théâtrale a été toujours quelque chose dont j’ai eu peur. Je dis souvent : je suis arrivé à l’écriture théâtrale par effraction. Avoir ce prix est une reconnaissance, un énorme plaisir et un grand honneur. » rapporte nos confrères de RFI

 

UNE FABLE POLITIQUE

 

Le texte lauréat, La Cargaison, est une fable politique, dans la même veine que sa pièce précédente, Danse avec le diable, présentée par RFI au Festival d’Avignon 2019 dans le cercle de lecture Ça va, ça va le monde ! Dans La Cargaison, l’obsession de l’auteur pour les détails est palpable dès le titre, annoté d’une remarque sur la chronologie du texte à respecter

 

Étant une pièce de fable politique, qui suit une chronologie et son auteur apporte des explications.

 

« C’est quelque chose de très important dans le cadre de cette pièce. C’est une polyphonie. Plusieurs corps et objets prennent la parole, des gens qui sont morts, sans oublier tout ce qui est autour des corps : des cimetières, des corbillards, etc. Pour moi, la parole de tous ces objets et de toutes ces personnes n’est pas forcément une parole ordonnée telle que je l’ai ordonnée. C’est-à-dire que le cimetière a peut-être parlé plus tôt que le corbillard ou inversement. Ou peut-être tous sont en train de parler au même moment. Ils ne sont pas obligés d’écouter les uns les autres. Donc, la chronologie que j’ai mise dans la pièce est simplement là, parce qu’on a besoin d’une chronologie. Après, chaque metteur en scène a la liberté d’utiliser la chronologie qu’il veut. »

 

 

Plus loin, le professeur chargé des cours en communication, metteur en scène, Souleymane Bah dégage dans cette interview son inspiration à présenter la pièce "Cargaison".

 

« La pièce est fortement inspirée de l’assassinat de onze jeunes Guinéens après une manifestation en octobre 2019 dans le cadre de la lutte du changement de la constitution et la volonté du chef de l’État guinéen actuel de briguer un troisième mandat. Les corps des onze jeunes ont été pris au piège par les deux extrêmes : le mouvement FNDC qui lutte contre le changement de la Constitution [permettant à Alpha Condé de briguer un troisième mandat présidentiel, ndlr], voulait offrir à ces corps des funérailles grandioses. »

 

« De l’autre côté, l’Etat, le pouvoir, n’a pas envie que les choses se passent ainsi, parce que cela montrerait aux yeux du monde le caractère répressif de l’Etat. Les corps ont été pris dans ce piège-là et ils ont eu du mal à être enterrés. Certains étaient même en situation de décomposition. La pièce est fortement inspirée de ces cadavres qu’on a pendant très longtemps trimballés entre un hôpital et un autre... »

 

Et de poursuivre « À un moment donné, ces corps deviennent des symboles d’une lutte politique. La question que je me pose : les corps, ont-ils vraiment envie de rester ou de devenir cet endroit où les deux pouvoirs luttent pour soit conserver le pouvoir, soit pour arracher le pouvoir de l’autre ? George Floyd aux États-Unis ou Adama Traoré en France, les corps de ces deux personnes sont devenus des symboles d’une lutte politique. Est-ce que George Floyd, là où il est couché, où Adama Traoré dans son cercueil, est-ce qu’il aurait voulu de rester dans cette situation-là ? » relate -t-il à RFI.

 

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